Avant de commencer à lire cet article, je vous invite à lire, copier, enregistrer et apprendre cette dou’a (invocation) et de la répéter chaque jour incha Allah :

اللّهُـمَّ إِنِّي أَعْوذُ بِكَ مِنَ الهَـمِّ وَ الْحُـزْنِ، والعًجْـزِ والكَسَلِ والبُخْـلِ والجُـبْنِ، وضَلْـعِ الـدَّيْنِ وغَلَبَـةِ الرِّجال

Allâhumma innî acûdhu bika mina-l-hammi wa-l-hazani, wa-l-cajzi wa-l-kasali, wa-l-bukhli wa-l-jubni, wa ddalaci d-dayni wa ghalabati r-rijâl.

« Ô Seigneur ! Je me mets sous Ta protection contre les soucis et la tristesse, contre l’incapacité et la paresse, contre l’avarice et la lâcheté, contre le poids de la dette et la domination des hommes. »

Dans cet article, nous allons essayer de répertorier les solutions qui peuvent aider les musulmans à financer leurs projets personnels ou professionnels. Qui n’a pas entendu parler de telle ou telle communauté qui seraient « plus » unies et où l’entraide serait la règle ? Pourquoi, les musulmans pensent qu’il n’y a pas de solidarité dans la communauté ? En réalité, beaucoup s’investissent à trouver des solutions et à aider comme ils le peuvent et d’autres attendent…

Voyons, les solutions de financement auxquelles peuvent recourir les musulmans.

 

1. La finance islamique

 

Pour permettre le financement de biens ou de projets, des produits financiers islamiques validés par des savants existent. Ces produits sont proposés par des banques (islamiques ou non), voilà quelques-un :

  • la murabaha  (mode de financement existant dans le droit français)
    • un client demande à un financier de lui financer
    • le client s’engage à racheter aussitôt le bien avec une marge définie à la signature du contrat en remboursant la somme selon un échéancier prédéfini
    • il y a 2 transferts de propriété : le vendeur transfert la propriété au financier qui la transfert à son tour au client, contrat achat/vente
  • la ijara wa iqtina :
    • la banque achète un bien qu’elle loue à son client pendant une durée déterminée
    • ce contrat ressemble au crédit-bail classique (leasing), à la différence qu’il ne peut y avoir de facturation d’intérêt et dans le cas où l’option d’achat est exercée le prix n’est pas déterminé à l’avance
  • la mudabara :
    • le financier apporte l’ensemble du capital financier
    • l’entrepreneur apporte le capital travail
    • partage des bénéfices et des risques : s’il y a des profits, il y a un partage des bénéfices selon le pourcentage qui a été convenu, mais s’il y a des pertes, le financier perd son investissement et l’entrepreneur perd le temps de travail consacré (pas de rémunération)
  • la mucharaka :
    • contrat d’association entre le client et le financier (banque) par la prise de participation dans un projet, le client et la banque partage ainsi les pertes et les bénéfices proportionnellement à la participation de chacun ;
    • il peut y avoir plusieurs participants à l’opération qui apportent des fonds
    • si les partenaires restent impliqués tout au long du projet, il s’agit de la mucharaka dite définitive (ou continue)
    • si les financiers ont l’intention de se retirer du projet, le client remboursera au fur et à mesure leur apport selon un échéancier prédéfini, il s’agit de la mucharaka moutanaqissa (dégressive)

Ces produits ne sont malheureusement pas disponible partout. En France, à ma connaissance, seul le financement par la murabaha existe pour l’instant et, comme le crédit avec intérêt, il revient assez cher et son accès est soummis à des conditions. Grâce à ce financement, plusieurs familles ont pu accéder à la propriété en France.

Attention aux  crédits à taux zéro ou au crédit-bail proposés par les commerçants et les banques

  • Les solutions de financements à taux zéro proposés par les commerçants (les fameux 3, 4 ou 10 x sans frais) sont tout aussi proscrits car il s’agit en réalité d’un crédit à intérêt dont les intérêts sont pris en charge par le commerçant lui même.
  • Le crédit-bail proposés par les banques est aussi non conforme en raison du prix de l’option d’achat définie dès la conclusion du contrat, et le fait du paiement d’intérêt en cas de difficultés de paiement.

 

2. La solidarité des musulmans

 

En France, seul le financement par la murabaha existe et il ne concerne à ma connaissance que l’immobilier. Heureusement, tous les musulmans ne sont pas intéressés pour acheter une maison en France, et surtout ils n’ont pas l’intention de s’endetter pour 10, 15 ou 20 ans. Ils recherchent parfois juste une avance de fonds pour payer une facture imprévue ou pour financer une partie de leur projet. Alors quelles solutions reste-t-il ?

2.1.  Le financement participatif (crowdfunding)

Il s’agit d’un outil qui fait appel à l’épargne des particuliers et des professionnels pour financer dans des projets personnels ou professionnels. Ce financement peut avoir plusieurs formes :

le don : don sans rien attendre en retour (sadaqa) — Voir un exemple

le prêt : prêt d’une somme qui sera remboursée selon un échéancier (en France, 5000 euros maximum autorisé par projet pour les prêts sans intérêts) Voir un exemple

la récompense : participation à un projet de création d’un produit et si la somme sollicitée pour le projet est atteinte, le contributeur recevra le produit — Voir un exemple

prise de participation dans le capital d’une entreprise : l’investisseur devient actionnaire en échange de son investissement dans l’entreprise et espère recevoir sa part de bénéfice (dividende).

Voir Les plateformes de dons avec ou sans contrepartie

  2.2. Emprunter à un proche (amis, famille)

Pour ne rien vous cacher, j’ai décidé d’écrire cet article pour insister sur l’importance de s’aider les uns les autres afin que chacun puisse s’en sortir. Comme nous l’avons vu, certains peuvent faire appel aux dons via les différentes plateformes comme Easi up ou Cotizup pour réaliser des projets, mais d’autres préféreront emprunter à un proche.

  Quand emprunter ?

Comme il est signifié dans différents hadiths, emprunter de l’argent à quelqu’un ne doit pas être pris à la légère par un musulman car, entre autres, un devra être en capacité de le rembourser. Le Prophète z  a dit : « Celui qui a une dette doit l’acquitter ou s’en faire prononcer la renonciation». Cet acte doit donc être exceptionnel et pour une raison valable  (besoin urgent, projet d’entreprise) et non pour des futilités comme le font certains qui n’hésitent pas à s’endetter pour acheter le dernier Iphone sous prétexte que le crédit serait sans frais (alors que ce crédit est tout aussi haram car les intérêts sont pris en charge par le commerçant).

Comment emprunter ?

Comme il ne suffit pas d’aller voir le banquier pour que votre crédit soit accepté, il ne suffit pas d’aller voir votre coreligionnaire et lui dire « akhi, je suis en galère j’ai besoin d’argent  » pour qu’il vous prête. Vous devez rassurer votre « créancier » et montrer que vous ferez tout pour le rembourser. D’ailleurs, dans le verset 282 de la sourate 2, il est expliqué comment se déroule un emprunt :

 » Ô les croyants ! Quand vous contractez une dette à échéance déterminée, mettez-la en écrit; et qu’un scribe l’écrive, entre vous, en toute justice; un scribe n’a pas à refuser d’écrire selon ce qu’Allah lui a enseigné; qu’il écrive donc, et que dicte le débiteur: qu’il craigne Allah son Seigneur, et se garde d’en rien diminuer. Si le débiteur est gaspilleur ou faible, ou incapable de dicter lui-même, que son représentant dicte alors en toute justice. Faites-en témoigner par deux témoins d’entre vos hommes; et à défaut de deux hommes, un homme et deux femmes d’entre ceux que vous agréez comme témoins, en sorte que si l’une d’elles s’égare, l’autre puisse lui rappeler. Et que les témoins ne refusent pas quand ils sont appelés. Ne vous lassez pas d’écrire la dette, ainsi que son terme, qu’elle soit petite ou grande: c’est plus équitable auprès d’Allah, et plus droit pour le témoignage, et plus susceptible d’écarter les doutes. Mais s’il s’agit d’une marchandise présente que vous négociez entre vous: dans ce cas, il n’y a pas de péché à ne pas l’écrire. Mais prenez des témoins lorsque vous faites une transaction entre vous; et qu’on ne fasse aucun tort à aucun scribe ni à aucun témoin. Si vous le faisiez, cela serait une perversité en vous. Et craignez Allah. Alors Allah vous enseigne et Allah est Omniscient « 

Comme on peut le voir, voilà les conditions d’un emprunt/prêt licite et sans intérêt entre deux musulmans :

  • toute dette contractée doit être écrite sous forme d’un contrat dans lequel sera clairement mentionné la somme empruntée et les échéances de remboursement (cela s’applique lors de toute transaction : emprunt, paiement de marchandise en avance…).
  • si le débiteur est gaspilleur ou n’est pas capable d’assumer la responsabilité du contrat, il doit être représenté par un tuteur (un garant)
  • présence de deux témoins hommes ou à défaut un témoin homme et deux témoins femmes (honnêtes, intègres, dignes de confiance,  conscients de leur responsabilité devant Allah) ; ils seront dans l’obligation de répondre en cas de demande de témoignage
  • il n’y a pas de « petite dette », tout emprunt doit être écrit.

Il s’agit en réalité tout simplement de l’établissement d’une reconnaissance de dette qui existe dans le droit français mais avec une obligation de présence de deux témoins. La présence de témoins est très importante car elle permettra à l’emprunteur de rassurer le créancier (prêteur) et permettra à ce dernier de réclamer son dû en cas de disparition ou de non respect des engagements par le débiteur (emprunteur). Le remboursement des emprunts est obligatoire (sauf accord du prêteur) à la lecture de plusieurs hadiths :

Selon Abou hourayra z , le Prophète z  à dit : « L’âme du croyant reste suspendue en raison de sa dette, tant que celle-ci n’est pas acquittée. » (al-Châfi’î, Ahmad, al-Tirmidhî, Ibn Mâdja et al-Dâramî)

Comment rembourser ?

Comme indiqué précédemment, il est important de penser au remboursement lorsque l’on emprunte à quelqu’un au moment même de la conclusion du contrat et d’être sincère sur ses capacités à respecter l’échéancier pour permettre au créancier de voir s’il est en mesure de se séparer de la somme pendant la durée de l’emprunt.

1. « Le meilleur d’entre vous est le meilleur dans la manière de rendre ses dettes »

Le débiteur est tenu de rembourser la somme prêtée et s’il le désire il peut rembourser même plus (sans que cela n’ait été convenu entre les deux parties, sinon ce serait du riba (intérêts)) :

D’après Abou Houreira (qu’Allah l’agrée), un homme est venu auprès du Prophète z pour récupérer un chameau qu’il lui avait prêté. Le Prophète z a alors dit: « Donnez lui un chameau plus âgé que l’âge de son chameau. Le meilleur d’entre vous est le meilleur dans la manière de rendre ses dettes ».
(Rapporté par Mouslim dans son Sahih n°1601)

2. En cas de situation difficile

Cependant, il peut arriver qu’un événement imprévu survienne empêchant le débiteur de rembourser dans les temps ; il devra demander un délai supplémentaire au créancier.

Dans ce cas, comme l’indique de nombreux hadiths, la récompense est grande pour celui qui sera être compréhensif et permettra un ré-échelonnement de la dette ou tout simplement son annulation :

D’après Abou Qatada z , le Prophète z a dit: « Celui qui soulage son débiteur ou lui annule sa dette sera dans l’ombre du trône le jour du jugement ».
(Rapporté par Ahmed et authentifié par Cheikh Albani dans Sahih Targhib n°911)

Cheikh Otheymine à même dit dans son tafsir de la sourate 2 qu’il est obligatoire d’accorder un délai au débiteur qui est dans la gêne en se basant sur le verset 280 :

« Si il est en difficulté accordez lui un délai jusqu’à ce qu’il soit dans l’aisance et que vous fassiez aumône est meilleur pour vous si vous saviez »

En revanche, il est interdit à la personne capable de rembourser ses dettes de repousser le délai de remboursement :

D’après Abou Houreira z , le Prophète z a dit: « Repousser le délai de la part d’un riche est une injustice ».
(Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°2400 et Mouslim dans son Sahih n°1564)

 

Pour conclure, si je peux me permettre, voilà quelques conseils :

– Ne pas vivre au dessus de ses moyens, organiser un budget

– Éviter de s’endetter même s’il s’agit d’un prêt halal car un crédit vous engage à le rembourser

– S’endetter uniquement pour une raison valable

– Respecter les recommandations du Qur’an et de la sounnah si vous devez emprunter : reconnaissance de dette, témoins

– S’empresser de rembourser

Voilà, je pense que si chacun est sincère dans sa démarche, tout sera facilité incha Allah. Wa Allahou a’lem.

Terminons par cette dou’a :

اللَّهُمَّ اكْفِنِي بِحَلالِكَ عَنْ حَرَامِكَ وَأَغْنِنِي بِفَضْلِكَ عَمَّنْ سِوَاكَ

Allâhumma kfinî bi-halâlika can harâmika wa ghninî bi-fadlika camman siwâk.

« Ô Seigneur ! Accorde-moi de Tes biens licites pour m’éviter de rechercher Tes interdits et puisse Ta générosité m’atteindre pour m’éviter de recourir à tout autre que Toi. »

N’hésitez pas à laisser un commentaire.

 

Sources : islamweb ; coran en ligne ; dourous.net ; hadithdujour.com ; 3ilmchar3i